Rio sur Seine
L'Année du Brésil, c'est aussi l'occasion de découvrir, de redécouvrir ... Seu Jorge, la Favela Chic, la Cité de Dieu, Cru, Bebel Gilberto, Gilberto Gil et Chico B. bien sûr
La scène brésilienne en France fait aujourd'hui le pari de révéler à son public, dans un bouillon de sons, toute la richesse d'un patrimoine rural et urbain qui rend l'horizon musical infini.
L'exemple le plus révélateur est certainement le succès de Seu Jorge, grande figure de la "MPB" (musique populaire brésilienne où se mêlent la bossa-nova, la samba, le jazz et le rock ...).
Enfant des favelas de Rio dans les années 1970, Seu Jorge trouve son salut dans le théâtre avant d'allier samba, groove et pop dans le groupe qu il crée, Farofa Carioca. Son succès immédiat lui donne l'envie de se lancer dans une carrière solo qu'il concrétise avec la sortie de Samba Esporte Fino. Parallèlement, Seu Jorge s'illustre devant les caméras dans le film sublissime A cidade de Deus (réalisé par Fernando Meirelles), qui le consacre. L'année 2004 le propulse au rang d'artiste international avec la sortie de Cru (Chair), une mise à nu où la bossa, épurée, (une guitare et quelques percussions) se mêle à des paroles engagées (Eu sou favela,) et des mots d'amour (Tive razão).
Cru est avant tout le résultat d'une rencontre entre Gringo da Parada, un DJ résident de la mythique Favela Chic (club-bar-restaurant brésilien du Xème arrondissement de Paris), dénicheur de talents, orchestrateur, et Seu Jorge, véritable performer emblématique et charismatique dans son pays.
C'est dans un univers communautaire composé d'artistes, de musiciens, de décorateurs ou encore de photographes que la Favela Chic distille, en avant-garde, des courants repérés au Brésil et encore inconnus du public français. Parmi eux, le "baile funk", sound system des années 1970 apparu dans les favelas de Rio, qui sur des bases de "miami bass", mêle des éléments typiques de la musique brésilienne.
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La Favela Chic est relayée par des labels français et brésiliens qui arrivent de plus en plus nombreux à Paris en se faisant tourneurs et producteurs : le label Helico est de ceux-là. Issu de la toute fraîche et novatrice génération de Rio et São Paulo, l'Orquestra do Fuba, qu'il produit depuis deux ans, est l'exemple le plus vivant en France. Sur scène, accordéon, rabeca (sorte de petit violon artisanal), triangle, zabumba (instrument de percussion originaire du Nord-Est) et violon créent une ambiance chaleureuse et authentique nourrie de leurs propres créations inspirées du forró, un genre musical qui réunit tous les rythmes du Nordeste et qui anime bals et fêtes populaires de cette région du Brésil.
Bebel Gilberto, Chico Buarque, Maria Bêthânia, Gilberto Gil et tant d'autres sont considérés comme des valeurs sûres dans le paysage musical brésilien représenté en France. A côté d'eux, les artistes moins connus du public, les courants plus récents (hip hop, électro), les styles régionaux (forro) trouvent néanmoins en France des structures adaptées pour les accueillir et les apprécier. Gilberto Freyre, sociologue, écrivait que la musique était la quintessence du Brésil ; souhaitons donc que le nouveau public restera réceptif à ce que Rafael Hime, pianiste brésilo-parisien, appelle "des hangars de sensations".